Sur le papier, les voitures bardées de capteurs voient tout. En réalité, un motard peut glisser entre les mailles du filet technologique. Les dispositifs automatiques d’aide à la conduite, vantés pour leur vigilance infaillible, affichent pourtant des angles morts béants face à la silhouette d’une moto. Plusieurs études européennes tirent la sonnette d’alarme : les deux-roues motorisés restent trop souvent invisibles pour les meilleurs capteurs embarqués. Ce constat interroge directement la pertinence de ces systèmes, que ce soit dans la jungle urbaine ou sur les longues lignes droites d’autoroute.
Des expérimentations sont en cours pour mesurer l’impact de l’état des routes et de l’aménagement sur la capacité à repérer les motards. Les premiers bilans sont sans appel : pour protéger efficacement les conducteurs de motos, il faut adapter l’existant et intégrer leur réalité dans la conception des technologies dites intelligentes.
Détecter un motard : un enjeu fondamental pour la sécurité routière moderne
Les motards forment la catégorie la plus exposée des usagers de la route. Leur part dans le trafic ne dépasse pas 1,6% en France, mais ils représentent 19% des décès sur la route. Ce déséquilibre brutal révèle un déficit constant de visibilité, en cause dans la majorité des collisions entre deux-roues motorisés et autres véhicules. Sur route, l’attention doit être sans faille. Les automobilistes, souvent concentrés sur les gabarits imposants, négligent parfois ces profils fins et imprévisibles qui surgissent là où on ne les attend pas.
Le défi de détecter un motard va bien au-delà de la vigilance au volant. Même les systèmes d’aide à la conduite, pourtant bourrés de capteurs dernier cri, n’arrivent pas toujours à identifier correctement les cyclomotoristes. La moto offre peu de surface à « accrocher », ne présente presque aucun angle droit et change sans cesse de position : autant d’obstacles pour radars et caméras embarqués. En ville, cette difficulté se double d’un environnement saturé, entre files, angles morts et trajectoires soudaines. Le motard se fond dans le décor, échappant parfois à la surveillance humaine et électronique.
Face à cette réalité, la sécurité routière évolue. Les messages officiels insistent : « regardez deux fois » avant de vous engager, vérifiez vos rétros avant de déboîter. Les associations de motards rappellent l’enjeu vital de chaque décision en circulation. Les statistiques imposent une rigueur de tous les instants aux conducteurs. Chaque expert le souligne : préserver la vie des motards s’impose comme l’un des grands défis de la mobilité d’aujourd’hui.
Pourquoi les systèmes d’assistance peinent-ils à repérer les motos ?
Repérer une moto représente un défi technique pour les concepteurs de systèmes embarqués. Les radars et caméras sont d’abord pensés pour détecter des véhicules massifs, aux lignes stables et prévisibles. Or, une moto, c’est tout l’inverse : silhouette étroite, surfaces réduites, déplacements brusques. L’algorithme, calibré pour traquer des voitures ou des SUV, se retrouve déstabilisé par un deux-roues plus discret et mobile.
Les logiciels d’analyse d’images, nourris de milliers de vidéos recueillies, n’anticipent pas toujours les réactions imprévues d’un motard qui zigzague, remonte une file ou dévie de sa trajectoire sans signaler. L’éventail de modèles, du petit scooter au gros roadster, multiplie les situations à gérer. Résultat : la détection des motos reste largement en retrait par rapport aux véhicules classiques, surtout lorsqu’il s’agit de tester ces technologies sur route ouverte.
Certains constructeurs, comme Honda, investissent dans des systèmes spécialement conçus pour mieux repérer les motards. Mais le travail reste colossal. L’enjeu, c’est d’intégrer les comportements et spécificités des motards dans les bases de données, et d’affiner la reconnaissance grâce à l’intelligence artificielle. Tant que ces progrès n’auront pas abouti, les conducteurs automobiles devront rester doublement vigilants, notamment lors des changements de file ou dans les angles morts. Le déficit de visibilité des motos continue d’expliquer la majorité des accidents impliquant voitures et deux-roues, une réalité que les statistiques ne laissent pas oublier.
Anticiper et partager la route : conseils essentiels pour automobilistes et motards
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : bien que les motards ne représentent qu’une infime part du trafic, ils subissent une part disproportionnée des accidents mortels. Leur vulnérabilité n’est plus à prouver. Dans la circulation, l’attention de chaque usager, la capacité à anticiper et à se rendre visible deviennent des priorités absolues. La moindre distraction, une anticipation manquée, et la route bascule dans le drame.
Voici quelques conseils concrets à adopter au quotidien pour limiter les risques :
- Automobilistes : tournez franchement la tête avant tout changement de file, vérifiez systématiquement vos angles morts. Les deux-roues surgissent là où on ne s’y attend pas, accélèrent différemment, disparaissent et réapparaissent dans le champ de vision. Pensez à régler correctement vos rétroviseurs et à conserver des distances, même à faible allure.
- Motards : optez pour des équipements réfléchissants, gilets airbags, stickers ou brassards, comme ceux proposés par Drivecase, qui captent la lumière et augmentent vos chances d’être vus. Depuis 2004, rouler feux allumés de jour est devenu obligatoire. Le casque doit porter des stickers réfléchissants sur chaque côté : cette exigence réglementaire a prouvé son efficacité.
Prudence et équipement, les alliés du quotidien
En cas d’arrêt d’urgence, le port d’un gilet de sécurité pour le passager n’est pas un simple détail réglementaire : il peut réellement changer l’issue d’une situation à risque. Sur la route, la vigilance de chaque conducteur, la connaissance des angles morts et le choix de protections adaptées réduisent significativement les risques de collision. Des comportements responsables, une anticipation constante, une signalisation claire : voilà les bases d’un partage de la route plus sûr pour tous.
Infrastructures et innovations : ce que révèlent les derniers projets sur la sécurité des deux-roues
La protection des motards ne dépend plus seulement de la vigilance de chacun. Les infrastructures routières se transforment peu à peu, portées par des initiatives ambitieuses et des innovations concrètes. Les glissières de sécurité, d’abord pensées pour les voitures, deviennent un piège pour les deux-roues : la Fédération Française des Motards en Colère (FFMC) réclame depuis longtemps la pose de lisses basses ou de rails pour fermer le vide sous ces glissières, véritables « guillotines » pour qui chute à moto.
Des solutions émergent. Metalesa, par exemple, a mis au point le Plugsmartpro : un dispositif intelligent qui s’installe sur les glissières existantes. Grâce à des capteurs, une signalisation dynamique et la collecte de données en temps réel, Plugsmartpro vise à prévenir les accidents et à adapter la prévention selon les risques identifiés. Récompensée par un prix ACEX et choisie par le ministère espagnol des Transports, cette innovation trace une nouvelle voie pour une route plus inclusive.
Les institutions, elles aussi, accélèrent le mouvement. La Délégation à la sécurité routière encourage l’audace à travers le Challenge innovation sécurité routière. Des projets comme les gants vibrants connectés pour cyclistes (VEELO), le casque airbag urbain (Hövding) ou encore les caméras intelligentes capables de repérer les usagers vulnérables (TrafiOne) montrent combien la dynamique collective s’intensifie. Intégrer la protection des deux-roues dans chaque stratégie d’aménagement et d’innovation n’est plus une option : c’est une nécessité pour que chaque trajet à moto ne vire plus jamais à la roulette russe.


